Identification et embaumement des cadavres
Guerre meutrière s'il en est, la guerre de Sécession fut marquée par une difficulté particulière en matière d'identification de cadavres.
Dans l'espoir d'être identifiés, certains soldats portaient, autour du cou, une plaquette de bois comportant leur nom et la mention de l'unité d'origine.
Les plus fortunés pouvaient aller jusqu'à acheter une plaquette en argent comportant les mêmes mentions. Un des fabricants de ce type de plaque fut la firme Drowne and Moore de New York.
Au final, malgré ces mesures, seuls 45% des tués de ce conflit parvinrent à être identifiés et rendus à leur famille.
La majorité des corps furent ensevelis dans des fosses communes à proximité du champ de bataille fatal.
Dans l'Est toutefois, là où les communications étaient les plus aisées, la famille de la victime pouvait être avertie du décès assez rapidement et, lorsque ses moyens financiers le lui permettaient, pouvait réclamer le corps.
Plusieurs jours étant nécessaires au transfert de la dépouille, des embaumeurs proposèrent leurs services. L'une des méthodes de conservation du corps fréquement utilisée était l'injection d'un liquide adapté dans les veines de la victime. Une solution moins onéreuse consistait à placer le corps dans un cercueil métallique hermétique qui empêchait la diffusion d'odeurs de décomposition.
L'assistance médicale
Devant l'afflux de victimes provoqué par la guerre, la médecine de 1860, ignorante des antiseptiques, des pansements et de toute mesure d'hygiène, dut se charger, sous le contrôle d'un ministère de la Santé, de l'octroi des premiers soins aux blessés, de leur transport à l'abri des zones de combats, ainsi que de l'installation et du fonctionnement d'hôpitaux de campagne.
L'Union disposa de 10.000 chirurgiens contre 4.000 pour la Confédération.
A proximité immédiate du champ de bataille, un assistant chirurgien, accompagné de quelques soldats du corps d'ambulanciers munis de brancards, donnait les premiers soins aux victimes avant de les envoyer vers l'hôpital de campagne, souvent installé dans une tente ou un bâtiment agricole à un ou deux kilomètres en arrière du front.
Dès 1862, l'Union disposa d'un hôpital de campagne pour chacune de ses divisions. Le bâtiment requis à cet usage était signalé par un drapeau jaune orné d'une bordure verte et d'une lettre "H" verte en son centre. Le lieu était aisément localisable car des drapeaux identiques, mais de taille plus modeste, étaient disposés sur les sentiers allant du lieu des combats jusqu'à l'hôpital concerné.
Les interventions chirurgicales s'effectuaient dans la saleté et à l'aide d'instruments qui n'étaient pas nettoyés entre deux interventions. L'infection des blessures qui résultait de telles pratiques était considérée comme normale et faisant partie du processus de guérison. Nombre de victimes n'y survécurent pas.
Pour les cas les plus graves, des hôpitaux "en dur" étaient installés en retrait, généralement dans un bâtiment public. Le transport vers ces lieux pouvait s'effectuer par chemin de fer, par voie fluviale, ou à l'aide de chariots matelassés faisant office d'ambulance.
Devant l'afflux toujours plus grand de victimes, des hôpitaux d'appoint furent construits en bois. Bien aérés et chauffés, offrant des conditions d'hébergement décentes, ces centres de soins sauvèrent nombre de vies.
Au Sud, les Confédérés construisirent le plus grand hôpital du monde à Richmond. Le "Chimborazo", doté de 150 salles, pouvait accueillir 4.500 blessés et, au total, 76.000 y défilèrent.
L'union disposa toujours en suffisance de médicaments et de matériel médical. La Confédération dut se fournir à l'étranger et forcer le blocus naval instauré par le Nord, s'emparer de stocks ennemis, ou mettre sur pied des laboratoires dont le but était de produire des remèdes efficaces à base de plantes... Dans l'ensemble toutefois, les ressources sudistes s'avérèrent en permanence insuffisantes.
La population civile veilla également au bien-être de ses blessés.
En 1861, l'Union mit en place une Commission des Affaires sanitaires chargée de distribuer les dons et d'organiser le travail des bénévoles. Cette organisation, entre autres tâches, distribuait des colis aux soldats et fournissait des conseils gratuits aux soldats et à leurs familles.
Une Commission Chrétienne fut mise en place cette même année par l'Union chrétienne des jeunes gens (Y.M.C.A.) et se chargea de la distribution de bibles, de la distribution de café aux troupes, de la distribution gratuite de matériel d'écriture et de timbres, de l'installation de bibliothèques dans les campements... Fonctionnant uniquement grâce aux dons, l'organisation chrétienne distribua, tout au long du conflit, un matériel d'une valeur de six millions de dollars de l'époque.
L'armée de la Confédération, malgré les efforts de la population civile sudiste, ne reçut jamais une aide aussi efficace.
Les prisonniers de guerre
Etant surpris par la durée du conflit, les deux camps eurent d'immenses difficultés à gérer un afflux considérable de prisonniers de guerre.
Dans l'improvisation, on vit surgir du sol quelques 150 prisons qui reçurent 194.000 prisonniers nordistes et 214.000 soldats sudistes.
Rapidement, les problèmes de surpopulation,de manque d'hygiène et de soins médicaux inadaptés conduisirent à l'hécatombe. 30.000 Nordistes périrent en prison contre 26.000 Sudistes. Les survivants eurent souvent la santé définitivement affectée. La mortalité la plus élevée fut observée à Chicago, dans la prison de Camp Douglas, où, sur le seul mois de février 1863, 387 hommes décédèrent sur un total de 3.884.
La prison qui laissa le pire souvenir de la guerre fut celle de Camp Sumter (plus connue sous le nom d'Andersonville) établie en Géorgie par les Sudistes. Crée en février 1864 et prévue pour accueillir un maximum de 10.000 prisonniers, elle en compta, six mois plus tard, plus de 33.000 enfermés dans une cloture de 27 hectares établie sur un sol marécageux. Dans cette prison, la nourriture, déjà rare pour les Sudistes, se montra quasi inexistante pour les Nordistes. En 11 mois, 12.000 Nordistes y trouvèrent la mort. Accusé de "meurtre en violation des lois et coutumes de la guerre", l'officier dirigeant le camp, le captaine Henry Wirz, fut exécuté le 10 novembre 1865
Les unités de soldats noirs
Dès les premiers jours du conflit, des Noirs des Etats du Nord se montrèrent désireux de prendre part aux hostilités. Le gouvernement fédéral se montra, dans un premier temps, peu enthousiaste mais, en juillet 1862, le Militia Act autorisa le recrutement de Noirs, non comme combattants mais comme main-d'oeuvre..
Les défaites nordistes successives de 1862 amenèrent une chute spectaculaire du nombre de volontaires et obligèrent le gouvernement nordiste à revoir sa position. En automne 1862, le premier régiment noir fut constitué; au total, 140 allaient l'être, regroupant 178.975 hommes (dont 37.000 furent tués au combat).
Dans l'ensemble, les Noirs furent piètrement équipés et chargés des pires tâches. De 1862 à 1864, un soldat noir reçut une solde de 7 dollars par mois, au lieu de 13 dollars pour son homologue blanc. Il fallut attendre juin 1864 pour voir les Noirs bénéficier d'une solde identique à leurs camarades blancs.
Les Sudistes traitèrent avec cruauté les prisonniers noirs capturés. Ainsi, en avril 1864 à Fort Pillow, les cavaliers de Nathan Bedford Forrest massacrèrent nombre de Noirs désarmés qui s'étaient rendus.
Dans les derniers mois du conflit, la Confédération, exsangue, envisagea le recrutement de Noirs. Une loi fut d'ailleurs promulguée en ce sens par le président Davis en février 1865. La mesure vint trop tard et le conflit parvint à son terme avant la concrétisation de ce projet, évitant au moindre Noir d'avoir à se battre pour la défense du Sud.